Interview Attica Webzine – Février 2004

David Fakenahm n’est pas un nouveau de la scène musicale orléanaise. Il s’est déjà illustré par le passé dans un groupe électrique dont l’aventure s’est terminée en eau de boudin, après un album et un paquet de concerts dans tous les bars de la région. Depuis, David s’était plus ou moins mis en retrait. Il a néanmoins offert son savoir faire de batteur à Karl-Alex Steffen. On ne sait pas si cette collaboration prendra fin avec l’arrivée de ce projet solo, concrétisé par Short Stories Vol.1, ep 5 titres sorti à la fin de l’année 2003. En attendant le volume 2, faisons plus amples connaissances avec l’artiste. [février 2004]

Tu viens de proposer, de manière très confidentielle, Short Stories Vol.1. Quel a été ton parcours de musicien jusqu’à cette démo ?
En tant que David Fakenahm, c’est ma toute première sortie. Mais avant ça, j’ai participé à plusieurs projets à la batterie puis à la batterie et au chant. J’ai commencé à participer à la composition quand je jouais avec un copain dans son salon des morceaux totalement acoustiques, lui à la guitare et moi jouant des balais sur des casseroles. C’est vraiment un grand souvenir qui n’est jamais sorti des limites dudit salon. Parallèlement, on jouait ensemble dans un groupe assez « métal ». C’était vraiment le début. Ensuite j’ai joué dans In Limbo et là j’ai commencé à participer aux compositions en tant que chanteur du groupe. Petit à petit je me suis mis à la guitare et j’ai apporté des bouts de morceaux à finir et deux/trois morceaux finis. J’ai également participé à l’enregistrement de Trystero’s Empire de Johan Asherton, sur lequel j’ai joué les batteries et fait des cœurs. En 2000, j’ai tout lâché parce que je saturais complètement et ne prenais plus de plaisir à jouer. J’ai donc rangé la batterie et oublié tout ça. Malgré tout je continuais à avoir des idées et, par réflexe, je les ai gardées sur des K7 sans y revenir. Et puis petit à petit, je m’y suis remis. Il y a un peu plus d’un an, j’ai commencé à accompagner Karl-Alex Steffen et ça m’a redonné l’envie de finir mes morceaux.

As-tu toujours l’intention justement de participer aux projets de K-A Steffen ?
Dans l’immédiat et tant que je peux, oui.

Dans quelles conditions techniques as-tu enregistré cette démo ?
J’ai pu faire cet enregistrement grâce à l’aide de véritables alliés qui m’ont épaulé en me prêtant du matériel ou en m’accueillant dans leur appartement. Je n’ai pas mis les pieds dans un studio et j’ai fait à peu près tout tout seul.

N’as-tu jamais envisagé de chanter en français ?
Non. J’ai une culture musicale exclusivement anglophone, d’abord. D’autre part, n’ayant aucune prétention radiophonique ou télévisuelle (ah ah ah), je n’ai pas envie de sacrifier mon goût pour l’anglais.

Comment définirais-tu la musique de David Fakenahm ?
Ça, c’est vraiment une question piège…j’ai un peu du mal à répondre. Une musique très mélodique assez « pop » même s’il y a de forts accents folk voire « countrysant » qui s’entendent un peu sur Short Stories Vol.1 et encore sur le volume 2 à venir rapidement. Je compose toutes mes chansons à partir d’une guitare acoustique. D’un autre côté, je ne m’interdis pas l’incursion de l’électricité. Ça me tente même vraiment mais pour ça, il faudra investir dans une maison ou un local bien isolé. En tout cas c’est une musique très personnelle puisque pour l’instant je suis seul. Mais j’ai du mal à rester tout à fait pop, folk, etc : j’introduis souvent un son, un effet qui cassent le côté trop classique. Mais je n’écarte pas l’idée de faire un EP hyper folk à la Will Oldham.

Quelles attentes as-tu de ce premier enregistrement ?
A l’origine, aucune. Comme je l’ai dit j’ai repris la composition « dans mon coin » et je ne sentais pas le besoin de diffuser mes chansons. Et puis quand Short Stories Vol.1 a été fini, je l’ai fait écouté à des amis qui m’ont pour la plupart dit leur étonnement quant au résultat. Du coup l’idée de le sortir, « de manière très confidentielle » certes, a fini par germer. Et maintenant je suis content d’avoir été poussé dans ce sens. Maintenant, je suis presque prêt à sortir le volume 2 et après, on verra. De toute façon, j’ai les chansons.

Tu as proposé un titre pour le concours CQFD 2004 des Inrocks ? Quel est ce titre ? Malgré le fait que ta chanson n’ai pas été retenue, as-tu eu des contacts ?
J’avais proposé Supernatural People, je n’ai eu aucun contact par la suite.

Ton projet va-t-il avoir un prolongement scénique ?
C’est possible. J’envisage de faire un concert dans quelque temps. Peut-être partager la scène avec un autre solitaire. Dans l’immédiat, je ne cherche pas de groupe. Pourquoi pas un peu plus tard.

Il s’est vendu moins de disques en France en 2003.. Quelle est ta position, en tant que musicien et en tant que consommateur, face au développement de la musique sur internet ?
Comment veux-tu que les ventes décollent ? Si tu écoutes les principales radios FM, plus nulles les unes que les autres, tu entends du blabla crétin entrecoupé de jeux qui ne passeraient même pas à la télé et une vingtaine de chansons qui ont été sélectionnées pour passer 15 fois par jouir pendant 6 mois par un programmateur hyper calé sans doute. Si les auditeurs en veulent encore après ça, ils ne connaissent l’existence que de ces 20 élus. Les magasins aussi jouent ce jeu là, préférant vendre 500 exemplaires du dernier album d’une chanteuse québécoise plutôt que 1 disque de 500 petits artistes car ils ont trop peur de se les garder sur les bras et de ne pas pouvoir négocier de retour avec les petits distributeurs. Il n’y a pas de vraie promotion pour les nouveaux talents : il faut que ça marche déjà un peu tout seul et après les maisons de disques embrayent. Énorme prise de risque, M. Nègre certes ! Mais ça ne se passe pas mieux ailleurs, pas même en Angleterre ou aux Etats-Unis : les indépendants sont juste un peu plus forts. Enfin le CD reste trop cher et ça n’ira pas mieux avec l’avènement du DVD audio, si il a lieu. Alors oui, le recours est sans doute internet : il y a des enseignes en ligne qui proposent un choix immense à des prix assez intéressants. Tu peux aussi voir à l’étranger, ou directement auprès des petits labels ou encore l’artiste. De toute façon si tu cherches un CD un peu obscur, tu es obligé de le commander en magasin car les vendeurs ignorent souvent ce dont tu parles et ils ne l’ont pas en stock. Quitte à commander, autant le faire de chez soi, être livré à domicile et acheté un peu moins cher. Non ? Pour le téléchargement enfin : personnellement je ne le fais pas sauf si c’est l’artiste qui met des raretés à disposition sur son site. Là je vais passer pour un télévangéliste…

Quels sont tes derniers coups de cœur musicaux ?
J’adore l’album de Sun Kil Moon. Mark Kozelek est une de mes idoles. J’aime bien aussi le New Folk Implosion mais je ne comprends pas pourquoi Lou Barlow n’a pas opté pour The New Sebadoh tant cet album est proche de Sebadoh. J’ai découvert Electric Soft Parade sur le tard et je ne m’en suis pas encore bien remis. Il y a des disques que j’adore et qui m’énervent. Je me dis : pourquoi j’ai pas fait ça avant ? Enfin, Hot Shots de Beta Band, Fugazi, Gillian Welch, les Melvins, Shuggie Otis et Todd Rundgren sont ceux qui reviennent le plus en ce moment. Pas de nouveautés mais plutôt des habitués. Il y a aussi Have you fed the fish de Badly Drawn Boy.

Quand devrait paraître le volume 2 de ces Histoires Courtes ?
Je suis en cours de mixage, mais cela devrait sortir au cours du premier trimestre.

 

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