Interview Attica Webzine – Novembre 2005

Quelques mois avant la sortie de son premier long format, David Fakenahm nous en présente les contours. Quelques pistes pour patienter encore un peu. [novembre 2005 - photo : Virginie Fakenahm]
David, tu es en train d’achever l’enregistrement de ton premier album. Est-ce vraiment un album ? Sur ton blog tu dis que tu as du mal à qualifier d’album ce nouveau disque. Tu trouves que c’est un qualificatif trop pompeux. Pourquoi ?
Disons que je trouve ce terme à la fois très sérieux et complètement galvaudé aujourd’hui. C’est vrai que tout est là pour que je dise qu’il s’agit d’un album. Il y a 10 titres. Assez cohérents bien que variés dans les atmosphères. Même s’il n’est pas encore totalement mixé, il me semble qu’une couleur générale s’en dégage. Pour ce qui est du terme à proprement parler, je hais tellement toutes les publicités dont on nous abreuve dans lesquelles une voix pseudo sensuelle nous présente « Le nouvel album de la révélation … » que je finis par trouver ce mot vulgaire. Alors que, le pauvre, il n’y est pour rien !

Quelles sont les différences en terme d’écriture entre les 2 volumes des Short Stories et le disque à venir ?
Il n’y a pas de différence d’écriture. Il y a une différence dans le choix des morceaux et la production. Je savais avant de commencer l’enregistrement qu’il y aurait de vraies batteries cette fois-ci. J’ai donc opté pour des morceaux plus rythmés, plus pop pour la plupart. Et puis pour la première fois, j’ai demandé l’aide de quelqu’un sur mes chansons. Pumuckl est venu me prêter main forte sur trois titres. Je voulais des guitares bruyantes, des ambiances aussi et je savais parfaitement que je ne saurais pas faire ça bien. Et je crois que j’ai eu bien raison car c’est un domaine dans lequel Pumuckl est très fort.

Quels sont les thèmes abordés dans les textes ?
Pas de thème particulier à vrai dire. A part I Can Run, les textes datent d’il y a trois ans environ. Une époque de transition donc les textes sont assez introspectifs. J’y mets des choses au point, j’y règle des comptes… Beaucoup avec moi-même!

Tu écoutes toujours beaucoup de musique. La tienne en est-elle imprégnée ? Quelles sont les choses que tu as entendues qui auraient pu figurer sur ce nouvel opus ?
C’est vrai que j’écoute beaucoup de musique, du folk dépouillé de Will Oldham, Mark Kozelek ou Richard Buckner, à la furie d’Helmet ou Fugazi, en passant par la pop parfaite de Teenage Fanclub, des Beatles et autres. Toutes ces bonnes choses m’influencent bien évidemment mais quand j’enregistre, je ne me dis pas Tiens, je vais jouer telle partie comme ça, pour toucher au style d’un tel. Ce qui ne veut pas dire que ça ne ressemblera à personne d’autre et que ça sera parfaitement original mais disons qu’il ne s’agit pas de quelque chose de réfléchi.

Comment comptes-tu défendre ces nouvelles chansons ? Envisages-tu de jouer sur scène ?
Si je te dis que je compte arrêter de bosser et faire une tournée mondiale… ? Quand le disque sera fini, j’envisage bien sûr de le montrer, de le défendre… De le présenter à des labels aussi. J’avais dit ça aussi pour les Short Stories et puis finalement, je ne les ai pas beaucoup défendues. A tort. Cette fois-ci, c’est différent, je pars avec un disque plus complet, plus riche, plus travaillé.

Pour quelles raisons as-tu renoncé à présenter les Short Stories aux labels ?
Je ne peux pas dire que j’ai renoncé, ça ne s’est pas fait. J’ai été pris par tout un tas de choses par ailleurs. Mais j’étais déjà assez surpris de mener ces titres jusqu’au bout et je pense qu’au final l’expérience me suffisait comme ça. Les Short Stories sont pleines de petites choses qui ne vont pas, pleines d’approximations et pourtant je pense qu’à ce moment-là, c’étaient mes deux meilleures réalisations parce qu’enfin je pouvais aller au bout de mes idées sans être obligé de faire des compromis inhérents à toute expression en groupe. C’est ce bilan mitigé qui m’a sans doute amené à ne pas défendre les chansons et qui en même temps m’a encouragé à repartir de plus belle pour un album.

Ta musique semble trouver un accueil plus chaleureux sur les webzines que dans la presse musicale spécialisée. Comment expliques-tu cela ? Est-ce que les webzines sont plus réceptifs au travail des artistes émergeants ?
Je dois dire que les webzines auxquels j’ai envoyé les deux EPs ont été assez généreux dans leurs chroniques. Pour ce qui est de la presse musicale spécialisée, je ne sais pas quoi te dire. Ils voudraient pouvoir dire qu’ils sont attentifs aux autoproductions, mais ne savent pas faire le tri dans la masse qu’ils reçoivent et ne chroniquent finalement que les grosses autoproductions, qui arrivent filmées comme un « vrai » disque et si possible avec un logo ou deux qui indiquent qui sont les mécènes…
C’est vrai que les webzines me paraissent beaucoup plus indiqués, voire compétents, pour parler des autoproductions. Pas de contraintes éditoriales. Seule une question de goût est en jeu. Du coup, quand tu prends l’habitude de lire certains webzines régulièrement, tu vois vite si tu y découvriras des merveilles, rien qu’en lisant ce qui y est déjà. Les webzines sont souvent très personnels et les rédacteurs se laissent plus aller, ce qui permet de voir si tu te sens proche ou pas de leur sensibilité.

Comptes-tu quand même envoyer cet album à la presse spécialisée ?
Oui probablement. Mais je commencerai par les webzines car c’est par eux que les autoproduits totalement inconnus, qui ne tournent pas depuis 5 ans ou plus, peuvent obtenir le plus de chroniques.

On arrive au terme de cette année 2005 et même si cela ne sert pas à grand-chose, c’est le temps des bilans. On va faire dans la simplicité en ce qui nous concerne. Quels sont les cinq disques les plus importants que tu as écoutés ces 11 derniers mois ?
Pas forcément des disques de 2005 alors ? Le Paul McCartney est le plus bel album de l’année probablement avec le dernier Sun Kil Moon. J’ai beaucoup écouté le deuxième album de N*E*R*D qui date de l’an dernier. Je le trouve très pop et très réussi. J’ai beaucoup écouté les différentes réalisations des frères Nourallah. J’aime beaucoup aussi Nashville de Josh Rouse ainsi que les albums de Sufjan Stevens. Voilà, tu avais dit cinq… Il y en aurait d’autres à citer sans doute.

Vas-tu présenter un des titres pour le prochain CQFD des Inrocks ?
S’il n’est pas trop tard, pourquoi pas. Je l’avais fait il y a deux ans avec Supernatural People. Sauf erreur de ma part, ça n’a pas donné grand-chose.

La sortie de ce premier album est envisagée pour le premier trimestre 2006. En voici le tracklisting provisoire :
1. Just For Few
2. Winter Is Warm
3. I Can Run
4. Elevator
5. Green Magic
6. Going Too Far
7. Alive
8. Kyoto
9. Handsome
10.Your Perfume

 

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