David, peux-tu nous dire pour commencer d’où viens-tu ? Quel âge as-tu ?
J’ai bientôt 35 ans et je viens de nulle part en particulier. La majeure partie de mon enfance s’est déroulée à Paris, puis la région de Dreux à l’adolescence avant d’arriver à Orléans pour la fac. Ça c’est pour la partie géographique.
Quel genre de musique écoutais-tu quand tu étais petit ?
J’écoutais ce que mes parents écoutaient bien sûr, c’est-à-dire de la musique anglo-américaine des années 60-70 principalement, du blues, de la country music. Toute la panoplie Beatles, Stones, Who, Dylan, Donovan et puis un peu plus tard, entre autres, Steely Dan, et encore un peu plus tard les débuts de REM, XTC, etc. Parmi mes « grands » souvenirs musicaux d’enfant, il y a « Babylon Sisters » de Steely Dan et puis Toto IV.
Tu dis que ta première vocation était de devenir batteur quand tu avais 7 ans. Qu’est-ce qui te fascinait là-dedans ?
La batterie a toujours été le premier instrument que je percevais en écoutant une chanson. Pas étonnant que Steely Dan ou Toto aient fait partie de mes premières émotions, tant ces groupes reposent sur le groove du batteur. Ensuite, comme la plupart des gamins, ce qui me fascinait certainement aussi était le volume de l’instrument, la baguette qu’on tient et avec laquelle on frappe. Un plaisir assez immédiat même si on ne fait pas quelque chose de très musical.
Ta famille écoutait beaucoup de musique ? Tu sembles avoir beaucoup d’excellentes influences…
Il y a les influences héritées et puis les influences qu’on se crée. C’est vrai que j’ai un héritage musical très important, très diversifié. La musique à la maison était omniprésente. A partir de 15 ans, j’ai eu aussi envie de me faire ma propre discothèque. J’ai commencé à acheter « mes » disques, à écouter « mes » émissions de radio. Aujourd’hui, toute cette diversité doit s’entendre ici ou là dans mes titres. Mes influences sont aussi calmes et douces :Donovan ou les Red House Painters , groupe de Mark Kozelek), que brutales et bruyantes ( Melvins ou Helmet). Une autre grande influence, la noisy pop du début des 90s (Ride, Lush, Pales Saints, Slowdive, My Bloody Valentine, etc), est très présente dans Warehouse, mon projet parallèle.
Qu’est-ce que c’est que ce projet parallèle ? Une autre façon de t’exprimer ?
C’est pour moi l’occasion de faire ce que j’ai toujours eu envie de faire sans pour autant m’engager dans la durée. Warehouse me permet d’exprimer mon goût immodéré pour cette période shoegaze des années 90 dont je parlais. Ce ne sera peut-être qu’un « one shot », je ne sais pas encore. Mon projet principal c’est « David Fakenahm » avec un univers assez acoustique, mais je ne me fixe aucune restriction musicalement pour d’autres projets. Je vais probablement faire un EP de morceaux country folk avec un copain. Ensuite, pourquoi pas, si j’en ai l’occasion faire un truc très bruyant… je ne sais pas. Je suis un fan de musique et j’ai très envie de toucher à plein de choses.
Tu es passé de la batterie au chant, un peu par hasard ou par nécessité, si j’ai bien compris. Y as-tu tout de suite pris du plaisir ?
Je me suis mis au chant à l’époque de mon groupe précédent, In Limbo. J’étais dans une position un peu hybride. J’ai participé à la composition assez rapidement dans ce groupe alors en construction, bien que je ne sache jouer d’aucun autre instrument que la batterie. Donc, je chantais des parties d’arrangements. Petit à petit, on s’est dit avec le guitariste que mes mélodies collaient bien aux morceaux. Il fallait voir si je pouvais les chanter en jouant de la batterie. Ça s’est pas mal passé. Le plaisir au chant n’est pas immédiat. On ne s’entend pas toujours très bien, on n’a pas non plus toujours la voix dont on rêve. Ça fait déjà pas mal de raisons de ne pas être satisfait de ce qu’on produit. Quand le groupe s’est arrêté, il était évident que je ne prendrais plus le rôle de batteur/chanteur. J’adore la batterie. J’ai appris à aimer le chant. Je n’ai plus envie de faire les deux en même temps. Je me suis tourné vers la guitare sur laquelle je tâtonnais depuis quelques temps.
Et là, tu as pris plaisir à chanter en jouant d’un instrument ?
Ça n’a pas été immédiat, car j’ai dû pas mal travailler. Je débutais à la guitare. Mais oui, la guitare est plus compatible avec le chant que la batterie. J’ai d’abord trouvé ma tessiture, alors que je forçais beaucoup avec In Limbo. J’ai donc fini par trouver que ma voix ressemblait à quelque chose et j’ai commencé à l’apprécier un peu plus. C’est ça qui m’a fait rentrer dans la peau du chanteur.
Tu dis avoir joué dans des endroits improbables par le passé. As-tu quelques bonnes anecdotes à nous faire partager ?
J’ai joué de nombreuses fois dans le coin au fond à droite de la salle, juste à côté de la porte des toilettes qui se trouve sous les escaliers, oui… Là où on ne fait pas tenir les pieds de cymbales tellement le plafond est bas. Un de mes souvenirs les plus marquants reste ce soir de 31/10/1999, soirée d’Halloween et de demi-finale de Coupe du monde de Rugby entre la France et la Nouvelle-Zélande je crois. On jouait un peu loin de chez nous et la victoire des français avait bien réchauffé la salle. Au bout de deux chansons, on s’est fait insulter parce qu’on chantait en anglais. Entre les morceaux, quelques excités nous gratifiaient d’une Marseillaise de circonstance. On a fait notre concert et on est parti en se demandant d’où tomberait le premier coup. Situation très tendue qui est finalement restée un grand souvenir dans l’histoire du groupe.
En même temps, ce sont ces conditions parfois difficiles qui font progresser un artiste, non ?
Oui et non. Je n’ignore pas les vertus formatrices des scènes difficiles, mais il faut aussi en sortir et connaître autre chose. Il y a une usure évidente à force de jouer devant un public régulièrement indifférent, voire, plus rarement, carrément hostile. Il est important de faire des concerts qui mettent en confiance aussi, histoire de se libérer un peu. Mais ça arrive aux plus grands aussi ! J’ai un souvenir mémorable d’un concert de Neil Young au Zénith de Paris avec Porno for Pyros en première partie (groupe de Perry Farrel, ex Jane’s Addiction). Le groupe est arrivé sur scène avec une ambiance assez étonnante, une espèce de cirque des horreurs à la Freaks, et ils se sont fait huer par le public de Neil Young. Ce brave Farrel, pas très connu pour sa réserve, mettait des « fuck » dans toutes ses phrases et envoyait des bras d’honneur sans discontinuer au bout de trois titres.
Tu as aussi connu le passage à vide où pendant 2 ans, il ne se passe plus rien artistiquement. Comment l’as-tu vécu et qu’as-tu fait pendant ce temps ? En as-tu profité par exemple pour écrire et composer ?
C’est un passage à vide que j’ai voulu à ce moment-là. J’étais fatigué par le groupe et je n’aimais plus jouer. J’avais besoin de faire cette pause. Malgré tout, j’ai continué à garder de côté les morceaux que je trouvais à la guitare, les textes ou les bouts de phrases… sans trop savoir si je les utiliserais par la suite. A ce moment-là j’ai pris la décision de ne plus considérer la musique que comme une source de plaisir.
Tu aimes te mettre dans la peau des fans pour concevoir tes albums ou tes EP. Toi-même, tu es fan de qui ?
C’est une question sans fin ! Ça marche par période. Damon Albarn, Mark Kozelek , Will Oldham pour les plus contemporains. Et puis je ne dois pas oublier Teenage Fanclub, fantastique groupe écossais, qui accumule les merveilles pop.
Et après plusieurs participations ponctuelles à divers projets, en 2007 tu décides d’enregistrer, enfin, ton tout premier album. Qu’est-ce qui t’a décidé à franchir le pas ? Tu te sentais prêt ? Suffisamment formé ?
En 2003, j’ai enregistré deux EP. En 2004 j’ai commencé l’enregistrement de « Back from Wherever », album « sorti » en 2006. En 2007, j’ai commencé « Here and Now », sorti début 2009. Les deux EP représentent vraiment un test. « Back from Wherever » est un vrai cap. Oui je me sentais prêt, mais je ne parlerais pas de formation. J’avais composé une dizaine de titres et j’avais hâte de les entendre finis. Je suis autodidacte et je n’ai pas attendu d’avoir une formation pour me lancer. Aujourd’hui, je dois dire que je ne cracherais pas sur une formation harmonique un peu plus théorique… peut-être plus tard !
Je suis très impressionnée par la qualité de ton chant sur cet album. Le batteur est définitivement devenu chanteur ?
Oui assurément. Je considère vraiment le chant comme un instrument à part entière que je m’approprie complètement. En concert, il m’arrive de ne presque plus toucher la guitare par moment et de simplement chanter la mélodie.
2007, c’est déjà loin. Que s’est-il passé depuis en 2009 et quels sont tes projets pour 2010 ? Un nouvel album ?
En janvier, « Here and Now » est sorti. Depuis, j’ai enregistré le premier album de mon projet parallèle appelé Warehouse. Ça devrait être disponible avant la fin de l’année. Je suis en autoproduction, je n’ai pas de calendrier de marketing, je peux sortir deux albums dans la même année ! En 2010, il y aura probablement un nouveau David Fakenahm. Les titres sont composés. Je vais peut-être essayer de recruter quelques acolytes pour ce nouvel album et ne plus tout faire (presque) tout seul. A suivre !
En attendant, peut-on trouver cet album-ci, intitulé « Here and now » chez tous les bons disquaires ?
« Here and Now » et « Back from Wherever » sont tous les deux disponibles sur toutes les plateformes de téléchargement légal.
Lucy pour Zikannuaire.com